Les blogs : " Un dialogue affranchi de toutes les contraintes sociales ou générationnelles ".
Mis en ligne le samedi 9 juin 2007 à 08:43 :: Rubrique Interviews ::
INTERVIEW - Il est encore trop rare, en France, de voir le patron d'une grande entreprise se mettre à bloguer et partager ainsi ses idées avec son environnement et ses salariés. Certains tentent de le faire, comme Michel-Edouard Leclerc, alors que d'autres attendent de ne plus être soumis au devoir de réserve pour se lancer. C'est notamment le cas de Pierre Bilger qui a dirigé pendant plus de douze ans le groupe ALSTOM, une entreprise de plus de 60 000 salariés, et qui a lancé son blog voilà deux ans.
Pour MotsAndCo, il nous explique ce qu'il a trouvé dans le format blog et ce que, selon lui, cet outil peut apporter à de grands groupes industriels comme à leurs dirigeants.
PROFIL : MotsAndCo m’a demandé un exercice difficile : porter un regard sur moi-même « simple » et « personnel ». Que dire qui ne soit pas convenu ? Peut-être que j’ai eu la chance de vivre plusieurs vies et que chacune de ces vies a été dense et gratifiante. Pendant quinze ans (1967-1982), je me suis notamment occupé du budget de l’Etat dans des fonctions diverses à la jonction du politique et du technique. Aux côtés d’autres, je me suis battu, pendant cette période, pour une gestion équilibrée et économe des finances publiques et nous y avons réussi dans une large mesure. Ensuite pendant vingt et un ans (1982-2003), je me suis engagé dans l’industrie et j’ai en particulier dirigé pendant douze années l’entreprise qui est devenue Alstom. Même si c’est aujourd’hui oublié et occulté par la crise financière intervenue après mon départ, pendant cette période, nous avons transformé cette entreprise largement hexagonale en un groupe authentiquement européen, puis mondial, l’un des trois premiers dans chacun de ses principaux métiers. Il y a fallu de la part de toutes nos équipes, beaucoup de professionnalisme, d’acharnement au travail, de courage et d’enthousiasme. Depuis bientôt cinq ans maintenant, je suis entré dans une troisième vie, celle qui me laisse notamment le loisir, parmi quelques autres activités, de m’impliquer dans le conseil et le soutien à quelques jeunes entreprises et de devenir ainsi le témoin de l’esprit de conquête qui anime le plus souvent leurs fondateurs. Au bout du compte, j’ai envie de conclure comme mon romancier préféré, Cyrille Fleischman, « Vive la Vie ! ».
MotsAndCo.com : Bonjour Pierre. Alors qu'au départ, votre blog était une sorte de correspondance avec les lecteurs de votre livre "4 millions d'euros", vous avez choisi de continuer d'écrire sur les pensées et idées d'un jeune retraité finalement très actif. Pourquoi ce choix ? Qu'y avez vous trouvé en plus de 2 ans de blogging ?
Pierre Bilger : Comme c’est souvent le cas dans la vie, ce choix a été le résultat du hasard, celui qui m’a fait découvrir à l’automne 2004 la technique des blogs. La simplicité et l’interactivité de cet instrument m’ont donné envie de poursuivre le dialogues avec les lecteurs de mon premier livre et plus généralement avec tous ceux qui s’intéressaient notamment à l’industrie, à l’Europe et, de fil en aiguille, à beaucoup d’autres sujets. Ce que j’ai trouvé dans cet exercice est inestimable. Un dialogue affranchi de toutes les contraintes « sociales » ou générationnelles. Le plaisir d’échanger, de débattre et d’argumenter. Et aussi une meilleure compréhension des difficultés et des défauts de notre société.
MotsAndCo.com : Vous semblez être le premier blogueur français à avoir dirigé une entreprise d'une telle taille. Peu de grands patrons, même une fois "hors des murs", osent encore passer à l'acte. Pourquoi selon vous ? Que leur conseilleriez-vous ?
Pierre Bilger : Je ne suis pas le seul. Il y a eu quelques autres tentatives. Mais c’est vrai que nous ne sommes pas nombreux. Pourquoi ? D’abord, comme les autres, je ne serais certainement pas devenu blogueur quand j’étais à la tête de mon entreprise, par manque de temps sans doute, mais aussi en raison des contraintes de marché, en particulier juridiques, qui limitent les possibilités de communication spontanée d’un dirigeant placé dans cette situation de responsabilité.
Ensuite, pour passer aux actes, comme vous dites, il ne suffit pas d’en avoir envie, il faut aimer écrire. Ce n’est qu’une apparence de paradoxe : le blog, c’est avant tout la réhabilitation de l’écrit comme support du dialogue. Il faut aussi être prêt à « produire » suffisamment pour attirer et « fidéliser » une audience sans laquelle l’effort consenti n’aurait pas de sens. Il faut enfin accepter la confrontation des idées et ne pas s’émouvoir à l’excès du ton parfois vif qu’elle peut prendre avec d’ailleurs moins de dérapages qu’on peut le penser ou parfois le dire.
MotsAndCo.com : Dans une grande entreprise, pensez vous qu'un outil de communication comme le format BLOG puisse se développer ? Sous quelle forme ?
Pierre Bilger : Dans une grande entreprise, la technologie des blogs peut banaliser l’utilisation du web comme outil de communication interne, comme instrument d’échange au sein d’équipes techniques ou de projets ou comme mode de dialogue avec des clientèles ciblées. Elle affranchit en effet les utilisateurs « ordinaires », dont l’informatique n’est pas le métier, de l’intermédiation obligatoire des services spécialisés.
MotsAndCo.com : Après plus de deux ans à bloguer, vous avez récemment mis votre site " en pause " et avez expliqué ce choix par " des références devenues trop anciennes ". Suite à ce post, une quinzaine de commentaires vous ont demandé de "revenir". Ce lien, quasi affectif, avec vos lecteurs est-il important ?
Pierre Bilger : Sans aucun doute. Néanmoins je maintiens la pause… pour le moment. J’ai d’ailleurs rendu compte de cette expérience, tout en élargissant et amplifiant le propos, dans un deuxième livre que je viens de publier « Causeries à bâtons rompus ». J’avais en effet le sentiment d’un certain épuisement de l’inspiration qui réduisait à la fois le nombre et la substance des notes que je mettais en ligne. Or l’expérience du blog a confirmé une chose que je savais déjà . Quoi qu’on fasse dans la vie, il faut respecter ceux à qui on s’adresse et donc leur garantir la qualité qu’ils sont en droit d’attendre de nous. Peut-être l’inspiration reviendra-t-elle quand le nouveau cours que connaît notre pays aura pris forme et commencé à produire ses effets.
Un grand merci pour cet entretien Pierre. J'espère que cet épuisement ne sera que passager et que nous aurons la chance de vous lire prochainement.
En savoir plus :
- 4 millions d’euros : http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/284941008X/blogbilger-21
- Causeries : http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/235061011X/blogbilger-21
- Blog : http://www.blogbilger.com/



































Courrier des lecteurs
Aucun commentaire. Soyez le premier !
Les commentaires pour ce billet sont fermés.
Les messages de la catégorie "Interviews"